Aymard naît en 910, dans une Bourgogne encore marquée par les raids normands et les désordres politiques. On ne sait presque rien de ses origines. Ce que l’on sait, c’est qu’il entre à l’abbaye de Cluny et qu’en 942, à la mort d’Odon, il en devient le troisième abbé - sans que rien ni personne ne l’y ait vraiment préparé.

Aymard n’est pas Odon, son prédécesseur brillant et remuant. Il n’est pas Mayeul, son successeur charismatique. Entre deux géants, il occupe discrètement le siège abbatial pendant douze ans, dans une simplicité et une sainteté que les chroniqueurs de l’époque soulignent sans réserve.

Ce qu’il accomplit est pourtant considérable. En douze ans d’abbatiat, il obtient pour Cluny plus de deux cent cinquante donations - quand Odon, en trente-trois ans, n’en avait reçu que quatre-vingt-quatre. Il développe les possessions du monastère dans le Mâconnais, le Charolais et la Bresse, consolidant la base économique qui permettra à Cluny de rayonner sur l’Europe entière.

Mais c’est par sa fin qu’Aymard se révèle pleinement. Vers 948, il devient aveugle. Plutôt que de s’accrocher à sa charge, il choisit avec lucidité et humilité de désigner Mayeul comme coadjuteur, puis de lui transmettre officiellement l’abbatiat en 954. Il passe ses dernières années dans la prière et la résignation, donnant l’exemple d’une acceptation sereine de la faiblesse.

Il meurt vers 965. Bienheureux selon l’Église catholique, Aymard de Cluny est la figure du serviteur humble qui prépare en silence la grandeur des autres.