Norbert naît vers 1080 à Xanten, en Rhénanie, dans une famille de haute noblesse. Il est sous-diacre par bénéfice, ce qui lui assure des revenus sans l’obliger à une vie sérieuse. Il vit à la cour de l’archevêque de Cologne, se complaît dans le luxe, les fêtes, les honneurs. La foi, pour lui, est une formalité.

En 1115, à cheval, il est surpris par un orage violent. La foudre s’abat près de lui, son cheval se cabre, Norbert tombe. Il reste un long moment à terre, inconscient. Quand il se relève, il est un autre homme. Comme Paul sur le chemin de Damas, il entend intérieurement : Détourne-toi du mal et fais le bien.

Il se fait ordonner prêtre, distribue ses biens aux pauvres, revêt un habit de pénitent blanc et part prêcher pieds nus en plein hiver. Ses contemporains le croient fou. Il prêche la réconciliation dans des régions déchirées par des conflits, réforme des communautés de chanoines corrompus.

En 1120, dans la vallée de Prémontré, en forêt de Coucy, il fonde une nouvelle communauté de chanoines réguliers vivant selon la règle de saint Augustin : les Prémontrés, ou Norbertins. Leur habit est blanc, symbole de pureté mariale. L’ordre se répand avec une rapidité stupéfiante : à la mort de Norbert, il compte déjà une centaine de maisons en Europe.

En 1126, contre sa volonté, il est nommé archevêque de Magdebourg — une ville hostile qui l’accueille avec des pierres. Il réforme sans relâche jusqu’à sa mort en 1134. Canonisé en 1582, Norbert reste le symbole de la conversion radicale : du courtisan libertin à l’apôtre en sandales.